PARTICIPE FUTUR S'ENGAGE POUR LA CONSERVATION MARINE A TRAVERS LA RECHERCHE, L'EDUCATION ET LA SENSIBILISATION

Du 1er au 7 juin 2014

Dimanche 1er juin

La veille, depuis les hauteurs de Taormina, j'ai regardé Alcyon longer la côte sicilienne au coucher du soleil. Il y a toujours quelque chose d'émouvant à voir arriver un bateau du large et s'amarrer à un nouveau rivage.
Journal de Bord / Îles Ioniennes / 1-7 juin 2014

Riposto est une modeste bourgade à quelques milles au Nord de Catane. Malgré le développement d'une marina toute neuve, la ville ne semble pas pressée d'accéder au statut de halte de choix pour les plaisanciers. Pourtant idéalement située au pied de l'Etna et à quelques kilomètres seulement de la capitale, de cette localité ne se dégage qu'une sensation d'abandon et de désenchantement. Alors que l'ombre s'étend dans les ruelles cramoisies, le soleil sème encore ses derniers reflets sur les terrasses de Taormina la splendide.

A présent, et pour deux semaines, l'aventure continue en trio, avec Carla, Jacques et Valérie.
Journal de Bord / Îles Ioniennes / 1-7 juin 2014

 

Lundi 2 juin

Les guides et instructions nautiques ne parlent que de lui. Depuis plus de 20 ans, Saverio Chirico est la star incontestée du port de Reggio di Calabra, à la pointe Sud de l'Italie. A la fois chauffeur de taxi, fournisseur de marchandises en tout genre, guide pour touristes, bricoleur et marchandeur, ce « faccio tutte » calabrais, il ne faillit pas à sa réputation lorsqu'il nous accueille de sa voix forte.

La complicité entre notre capitaine et cet ancien commandant de marine marchande, « citoyen du monde », est immédiate. Et c'est dans son taxi que nous v'là partis à l'aventure. A priori ce n'est pas ici, dans la périphérie de cette ville sans attrait particulier si ce n'est un inestimable trésor - les deux guerriers en bronze trouvés par dix mètres de fond et datés du 5è siècle av. J-C - que nous pensions la trouver, l'aventure. Et pourtant. Ce personnage excentrique, sorte de Tartuffe moderne et décalé, nous emmène à la rencontre de sa Calabre, dans des lieux insolites, aux parfums d'agrumes et de malvoisia, sous des airs révolutionnaires, ponctuée de franches accolades et de petits brigandages.
Journal de Bord / Îles Ioniennes / 1-7 juin 2014

Mardi 3 et mercredi 4 juin

Charybde et Scylla devaient être occupés à autre chose lorsque l'étrave d'Alcyon s'est risquée dans le passage du détroit de Messine au petit matin. A l'horizon, pas de signes d'embarcations brisées et avalées par l'écume, pas de marins hurlants emportés par les tourbillons, tout juste quelques timides remous sur Glossary Link bâbord.
Journal de Bord / Îles Ioniennes / 1-7 juin 2014

Cap sur les Eoliennes. Ou du moins c'était l'idée de départ. Mais c'est bien connu : pas de place en mer pour les têtus et les inflexibles. C'est donc avec une docilité non feinte que nous acceptons la capitulation face à Eole (aidé pour le coup de ses fils, les vents contraires, sortis du sac par erreur par les marins d'Ulysse) qui nous fait obstacle. Alcyon concède quelques degrés vers le Sud et nous déniche un abri dans le port de Milazzo, sur la côte Nord de la Sicile.
Journal de Bord / Îles Ioniennes / 1-7 juin 2014

Encore une fois l'inattendu se révèle plein de charme. Cette ville, surplombée d'une imposante forteresse arabo-normande du 13ème siècle n'a rien à envier à la cité corse de Calvi. Ses ruelles pavées, ses carillons chantants, ses reflets pastels, sa « passegiatta » animée nous conquièrent. Conclusion unanime : il n'existe pas de vents défavorables. Partout où les vents nous portent (ou ne nous portent pas) il y a trésors à découvrir et bons moments à vivre. Il suffit de se laisser porter.

Jeudi 5 juin

Le « Triangle des Eoliennes » parfois redouté par les marins n'est aujourd'hui pas d'humeur à mettre les bateaux en fuite.

Les Eoliennes, ce sont un ensemble d'îles volcaniques qui, bien que solidaires dans leur géographie, se distinguent par leur nature propre. Il y a les intrigantes (Lipari et Panarea), les discrètes (Alicudi et Filicudi), les vulgaires qui fument et crachotent (Vulcano et Stromboli), la verdoyante Salina et Ustica la reculée. Certaines d'entre-elles se sont entourées de sujets – îlots rocheux et « faraglione » aux formes excentriques et insolites - qui rendent l'approche de ces majestés respectueuse.
Journal de Bord / Îles Ioniennes / 1-7 juin 2014

Vendredi 6 juin

Le soleil, ce vendredi, tourne autour de la silhouette imposante du Stromboli. Au large, on a ri de son nom et de celui de son drôle de petit voisin le Strombolicchio, on l'a sommé de cracher du feu et de nous envoyer du vent. Mais à son approche, l'équipage s'est fait plus silencieux, bouche bée par la beauté de ce monument, considéré de tous temps comme le plus grand phare de Glossary Link Méditerranée.

Nous étions ici même, dans la passe de San Bartolomeo, l'année dernière. Un mouillage tranquille (uniquement par temps d'anticyclone !) sur les pieds noirs du volcan et à une encablure des maisons blanches du village. A la tombée du jour, les seules lueurs sont celles des lampes frontales des aventuriers qui escaladent les rides du géant endormi. Cette nuit il n'a pas toussé, pas ronflé, juste quelques petits crapotements de fumée grise.

Samedi 7 juin

Depuis qu'il a récupéré ses enfants cabotins, il y a quelques jours, Eole s'est apaisé et en oublie de faire son travail. Une mer d'huile vient polir les pierres ponces des volcans ensommeillés alors que nous quittons ce paysage enchanté pour rejoindre le continent.

En soirée, Alcyon s'enfile dans l'antre bien cachée de Maratea, dans le Golfe de Policastro, sous le regard bienveillant du Christ rédempteur illuminé qui ouvre ses bras aux marins du large.

Açores 2016